Interview de Nicolas Gilsoul, Dépêche du Midi du 20/01/2020

On avait quitté Nicolas Gilsoul en juillet 2018 avec « 200 ou 300 espèces végétales » différentes :

https://www.ladepeche.fr/article/2018/07/27/2842462-tour-vegetalisee-comment-ca-va-pousser.html

…pour le retrouver avec « une petite centaine d’arbres » (en fait des arbustes), sans nous préciser le nombre d’espèces différentes… On avait quitté Nicolas Gilsoul avec l’absence d’abeilles ou de coccinelles, on le retrouve avec des faucons et des chauves-souris qui sont déjà présents à Toulouse et qui n’ont pas attendu un projet de gratte-ciel très polluant et très négatif pour la vie animale et la biodiversité.

Notre association et bien d’autres répètent depuis l’annonce du projet au salon de l’immobilier à Cannes en mars 2017 qu’il est impossible de réaliser sur un bâtiment si complexe un ensemble végétal aussi performant qu’en pleine terre ! Il est également particulièrement délicat et coûteux d’entretenir des arbres, voire des arbustes à ces altitudes, des points de vue :

  • de la consommation en eau (2300 tonnes d’eau/an d’après le PC de la tour Occitanie)
  • des accès difficiles pour le personnel chargé de l’entretien (accès non possible depuis les parties habitées du fait des conditions de sécurité).
  • des insectes (et en particulier des insectes pollinisateurs) qui n’aiment ni l’altitude, ni les mouvements d’air, ceux générés par le gratte-ciel ne vont pas leur être agréables… à cet égard, la configuration de notre gratte-ciel est différente de celle du Bosco Verticale de Milan moins haut, où les végétaux sont généreusement placés sur les balcons, et non pas très exposés aux éléments comme dans le projet de la tour Occitanie à Toulouse.
  • quant aux oiseaux et à la faune volante, il est établi par les spécialistes que les couloirs naturels (et le Canal du Midi en est un, au même titre que la Garonne) ne doivent pas être gênés par la proximité de constructions élevées, en particulier la nuit. Il faudra donc veiller à bien éteindre les éclairages de nuit ! Et on laisse Nicolas Gilsoul (ou un de ses collègues qui reprendra ce projet sur lequel M. Gilsoul est de plus en plus sceptique) négocier avec les autorités aériennes qui demandent précisément l’inverse pour des raisons de sécurité bien comprises !

Gilsoul vient donc aujourd’hui confirmer le faible rendement écologique de son entreprise, ainsi que son coût, mais ce qui intéresse aussi nombre de Toulousains, c’est comment Nicolas Gilsoul ou son remplaçant éventuel compte répondre aux exigences de la Commission d’enquête publique TESO sur les techniques de plantation et sur la résistance aux vents qui pose, elle, de sérieux problèmes de sécurité.

La Commission recommande de faire réaliser les études de résistance au vent des arbres sur la Tour par le CSTB, conformément aux réponses apportées par le maître d’ouvrage.

Le fait qu’il faille attendre 3 ans pour voir un arbre se développer (NG dit « démarrer un arbre ») voudrait dire que, puisqu’il faut faire des essais en soufflerie en configuration de végétation « nominale », pour des considérations légitimes de sécurité, il faut attendre trois ans au minimum pour voir croître les spécimens d’essai dans des bacs identiques où se développeront  les racines…

D’autre part, et de façon plus complexe, comment s’assure-t-on que les plantations ne vont pas se dégrader dans le temps

Tout un chacun comprendra bien qu’il est du plus haut intérêt de résoudre d’abord ces problèmes primordiaux de sécurité avant de choisir la couleur des feuillages. C’est certainement moins avenant d’un point de vue médiatique, mais bougrement plus important. Au passage, Nicolas Gilsoul nous apprend que la communication du promoteur et du maire sortant de Toulouse est doublement  mensongère ; le contribuable toulousain a financé du fait de la décision de M. Moudenc des spots publicitaires sur la tour Occitanie qui ont été télévisés dans toute la France et en Europe et que ce matériau promotionnel mensonger circule dans de nombreux salons et colloques.

Etant donné que l’argument principal du maire sortant de Toulouse pour justifier ce projet de la tour Occitanie a toujours été la végétalisation, notre association demande à Jean-Luc Moudenc de faire un point publiquement sur ce dossier pour informer les Toulousains qui ont déjà dépensé pas mal d’argent public dans ce projet, puisque Nicolas Gilsoul nous apprend qu’il n’est pas loin d’abandonner du fait que « le projet est en stand-by depuis 4 mois » et du fait que des choix hiérarchiques se font « au détriment du bon développement de ce jardin ».

Les Toulousains attendent donc des explications précises car pour l’instant le projet de la tour Occitanie est plutôt nébuleux !

 

Note personnelle du webmaster : puisque M. Gilsoul crée des jardins en pensant aux oiseaux, il doit bien savoir que nombre de ses prévisions sont fausses ? Jamais des rapaces ni des chauves-souris ne viendront s’installer dans un environnement aussi hostile que cette tour : l’effet trompeur des vitres-miroirs sera un piège pour toutes sortes d’oiseaux qui s’y fracasseront le crâne, les forts vents s’engouffrant sur la pente de Jolimont en passant par l’arche de Cabanis d’un côté et par les Allées Jean-Jaurès de l’autre s’enrouleront autour de la bâtisse, provoquant de mini-tornades préjudiciables au vol, en juillet-août avec la fameuse canicule toulousaine la chaleur y sera insupportable… Les oiseaux ne recherchent ni trompe-l’œil, ni tempêtes, ni fournaise ! D’autre part, sa remarque sur les chauve-souris efficaces contre les moustiques-tigres n’est pas non plus valable : les unes étant nocturnes et les autres strictement diurnes, ils ne se rencontrent pas…


Article de la Dépêche du Midi, publié le 20/01/2020 :

Outre sa hauteur de 153 mètres, la particularité de la Tour Occitanie qui devrait «pousser» à Toulouse en 2023 entre gare et Canal du Midi* sera le jardin de végétaux qui la suivra jusqu’au sommet. Grand prix de Rome, l’architecte-paysagiste et dessinateur Nicolas Gilsoul a imaginé un univers où ses «Bêtes de villes» (éditions Fayard), notamment volantes, trouveront leur place.

Vous avez annoncé que vous réserviez les trois derniers étages de la Tour Occitanie aux faucons…

Oui, j’adorerais, mais ce sont eux qui vont décider ! Comme à la montagne, il y a de plus en plus de monde qui les dérangent pour nidifier, les faucons sont revenus dans nos villes où ils retrouvent une certaine intimité au sommet des immeubles ou dans les cathédrales [sainte-cécile à Albi, ndlr]. L’idée, c’est qu’ils pourront nidifier dans les jardins qui couronnent la tour, trois niveaux au-dessus du bar où personne n’habitera, et d’où ils pourront voir sans être vus. Le faucon est bien utile, il réduit les colonies de pigeons.

Vous n’imaginez pas de jardin sans penser aussi aux animaux ?

C’est vrai, et ce qu’on aura aussi certainement, si ce projet se fait, ce sont des chauves-souris, autre animal bienvenu pour lutter contre le moustique tigre présent à Toulouse. Le canal du Midi étant une autoroute à chauves-souris, elles pourront séjourner dans certains de nos végétaux formant des cachettes. Je ne conçois pas un jardin de manière décorative, mais pour attirer le plus de bêtes de ville possible, des insectes pollinisateurs dans les étages bas jusqu’à 30 mètres, plus c’est haut, la géométrie de la tour provoque de vents.

La tour prendra une part de ciel aux oiseaux, comment éviter les accidents ?

La chance qu’on a c’est qu’elle n’est pas située dans un couloir migratoire, comme à Chicago, par exemple, où on balaie jusqu’à un million de migrateurs qui se rompent la nuque contre les vitres des gratte-ciel. Quant aux oiseaux qui vivent déjà dans le quartier, ils vont trouver un nouvel environnement. Je me bats pour la biodiversité, rien qu’à Paris en trente ans, trois passereaux sur quatre ont disparu.

Y aura-t-il des récupérateurs d’eau ?

On y travaille, mais je dois vous avouer que je suis en stand-by depuis quatre ou cinq mois. Comme la tour se termine en pointe, ce sera difficile, d’autant que la forme en double hélice dispersera l’eau de pluie, donc je n’y compte pas pour arroser mes jardins. Il y a plusieurs hypothèses, peut-être se servir dans l’eau du canal…

Pourra-t-on y planter des tomates ?

Non, on n’y jardinera pas, d’abord pour des raisons de sécurité, il ne faut pas que quelqu’un laisse un mégot en période de sécheresse ou qu’un autre ait envie de tailler un arbre et que les branches tombent sur les rails du TGV. De plus, la cohérence esthétique de la tour a son importance, les couleurs végétales sont étudiées, du vert au bas à l’argenté au sommet, et non pas tout vert comme sur les images de synthèse.

Comment se fera l’entretien ?

Ce n’est pas tranché, mais à mon avis, l’utilisation d’un chemin de ronde situé dans l’espace existant entre les deux « peaux » de la façade, serait la solution la moins acrobatique.

On parlait de 200 arbres ?

Ce sera plutôt une petite centaine, il y aura le chêne vert, la myrrhe, le cornouiller blanc, l’olivier de bohème, le pin de montagne, le lilas des Indes notamment… lamiers, pulmonaires et chèvrefeuilles d’hiver sans doute, et parmi les bêtes de villes avec lesquelles j’aimerais travailler, citons les martinets, les passereaux, le faucon et la pipistrelle, l’osmie et le bourdon, le pemphédron et le chrysope.

« Si le projet se fait », disiez-vous, on approche de la date prévue…

J’attends, sans angoisse mais avec beaucoup de questions, il faut trois ans pour démarrer un arbre ! J’ai accepté cette aventure, parce qu’il y avait un engagement du promoteur, de l’architecte et de la ville pour rendre ces jardins possibles, mais dès le départ, j’ai indiqué que si on ne mettait pas les moyens techniques nécessaires au bon développement de ce jardin, parce que les choix hiérarchiques se font à son détriment, je ne suis pas garant de l’image. Si cela ne peut pas se faire, ce sera avec quelqu’un d’autre. L’enjeu est passionnant, c’est la possibilité de démontrer qu’on peut faire autrement un mariage avec le végétal, l’animal et l’architecture. Rien à voir avec une guirlande de lierre.

*Accepté l’été dernier, le permis de construire est contesté par un recours en annulation devant le tribunal administratif déposé mi-décembre par un collectif d’associations (DAL31, Amis de la terre, France Nature Environnement, Non au gratte-ciel) et cinq particuliers.

Pierre Mathieu

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